
À la découverte du phare de Bugio, le gardien de l’estuaire du Tage
À la découverte du phare de Bugio, le gardien de l'estuaire du Tage
Dressé à l’entrée de l’estuaire du Tage, le phare de Bugio est l’un des symboles les plus emblématiques de la région de Lisbonne. Cet édifice singulier est à la fois une forteresse militaire, un phare et un témoin de plus de quatre siècles d’histoire maritime. Ouvert seulement à de rares occasions, j’ai enfin eu la chance de découvrir ce monument fascinant.
Une forteresse conçue pour défendre Lisbonne
Les premiers projets remontent à 1571, tandis que les travaux débutent vers 1590. La construction, particulièrement complexe en raison des courants et de la violence de la mer, s’étale sur plusieurs décennies et s’achève vraisemblablement en 1657.
Sa forme circulaire constitue l’une de ses plus grandes originalités. Contrairement aux fortifications carrées de l’époque, elle permet une défense à 360°, sans angle mort, tout en offrant la possibilité de faire feu dans toutes les directions. Associée aux courants puissants du Tage et aux hauts-fonds qui entourent le fort, cette architecture rend toute attaque extrêmement difficile. Le Bugio ne sera d’ailleurs jamais pris par un ennemi.
Le séisme de 1755
Pendant près d’un siècle, le fort remplit pleinement son rôle de défense de l’entrée du Tage. Mais le 1er novembre 1755, le tremblement de terre, suivi d’un tsunami, bouleverse durablement le site.
Une partie des murailles s’effondre, plusieurs structures sont gravement endommagées et la configuration de l’embouchure du Tage est profondément modifiée. De nouveaux bancs de sable apparaissent, les courants changent et la navigation devient encore plus dangereuse.
Le fort est rapidement restauré, tant son rôle demeure essentiel pour la protection de Lisbonne.
De forteresse à phare
Pendant plusieurs siècles, le Bugio remplit avant tout une fonction militaire. Avec l’évolution des techniques de défense et le retrait définitif de son artillerie au milieu du XXᵉ siècle, cette mission perd progressivement de son importance.
Une première tour de signalisation existait déjà avant le séisme de 1755, mais c’est après la reconstruction menée sous l’impulsion du marquis de Pombal que le phare actuel entre en service, en 1775. Il devient alors principalement connu sous le nom de phare du Bugio.
Au fil des siècles, il est régulièrement modernisé : éclairage au gaz, électrification en 1959, puis automatisation en 1981.
La vie des gardiens du phare
Jusqu’à son automatisation en 1981, le phare est habité en permanence par des gardiens qui veillent à son fonctionnement et à son entretien. Ils y vivent plusieurs semaines d’affilée dans un isolement presque total. Leur quotidien est rythmé par les marées et les conditions météorologiques.
Cet isolement n’est rompu qu’une fois par mois, lorsqu’ils rejoignent la terre pour s’approvisionner.
À partir des années 1960, deux équipes de trois personnes se relaient tous les quatre jours, lorsque les conditions météorologiques et maritimes le permettent.
Le dernier gardien permanent est António Patrício Gago, qui sert au Bugio de 1953 à 1981, année où le phare est automatisé.
Quelques anecdotes
- La base circulaire mesure 62 mètres de diamètre sur une hauteur de 6 mètres.
- L’ensemble est classé Monument d’intérêt public au Portugal.
- Entre la fin du XIXᵉ siècle et le début du XXᵉ siècle, l’envasement progressif du banc de sable au sud de la barre du Tage permettait, à marée basse, de rejoindre à pied la plage de Trafaria.
- Moins connu, le fort du Bugio fut également utilisé, à certaines périodes, comme prison militaire et prison d’État. Son isolement, au milieu des eaux du Tage, en faisait un lieu de détention particulièrement sûr.
Informations utiles
J’ai participé à la sortie « Vá Bugiar! », organisée par Aqua Start. L’excursion part de la marina d’Oeiras et permet de débarquer exceptionnellement sur le fort du Bugio, une occasion rare de découvrir ce monument habituellement fermé au public. La visite dure environ 2 heures et comprend la traversée en bateau. La visite du fort se fait en autonomie, uelques panneaux explicatifs (uniquement en portugais) permettent de mieux comprendre l’histoire du site.
Si vous avez l’occasion de participer à cette excursion, je ne peux que vous la recommander. Au-delà de son intérêt historique, le Bugio offre un point de vue unique sur l’estuaire du Tage.
Si cette histoire vous a donné envie de mieux comprendre Lisbonne et son estuaire, je propose également des visites guidées privées en français pour découvrir la ville à pied, son patrimoine et son histoire.